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 SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique

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Littlejohn's
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MessageSujet: SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique   Ven 18 Mar - 9:05

Salut les amis ,

En faisant un petit tour dans le village avec ma compagne voici a mon grand étonnement ce que je découvrit a 1 km de la maison .

Voici un petit récit de l'histoire .

SOMME-LEUZE, BONSIN, OCQUIER et PETITE-SOMME

HAUTS LIEUX DES PARACHUTAGES DE GUERRE

Un sapin, un seringa sont des arbres d’ornement, là s’arrête l’intérêt que porte le commun des mortels à ces arbres de jardin. Pour les hommes de la Résistance appartenant au refuge RHINOCEROS du groupe IV de l’Armée Secrète il s’agissait de l’appellation donnée à deux terrains de parachutage, les plaines « SAPIN » et « SERINGA »

Tout avait commencé en mars 1944, lorsqu’un jeune maître-artisan de SOMME-LEUZE, nommé Alphonse LAFFUT avait été demandé au « Château STASSE » pour s’entendre dire par son ami Pierre STASSE, plus tard administrateur-délégué du journal « Les Sports et par un jeune officier de l’état-major de la zone V de l’Armée Secrète, nommé Pierre DAMBOIS, qu’il fallait constituer un « Comité d’accueil » et surtout préparer une infrastructure propre à organiser des parachutages d’hommes et de matériel dans la région.

Alphonse LAFFUT, enfant du pays, n’eut aucune difficulté à recruter parmi les jeunes des villages environnants, des enthousiastes pour les missions demandées. Vingt-six d’entre eux furent sélectionnés pour participer à la mise en place de l’infrastructure opérationnelle : les opérateurs de radio pour les contacts avec les avions de parachutage, l’équipe de balisage, les équipes chargées de récupérer les parachutistes et les containers et de les mettre à l’abri une fois le parachutage terminé, une équipe de protection périphérique chargée de la sécurité et, enfin, l’équipe responsable d’effacer toute trace de ce qui s’était passé la nuit. La mise au courant et l’entraînement des différents protagonistes de l’opération étant effectuée par des agents parachutistes venus spécialement de Londres pour ce faire.

Vingt-six hommes furent rassemblés, parmi ceux-ci :

• Alphonse LAFFUT de SOMME-LEUZE
• Emile BRACK de VIELSALM
• Henri POLET de CHARLEROI
• Albert DELVAUX de JEMEPPE-SUR-MEUSE
• Joseph JADOT de JEMEPPE-SUR-MEUSE
• Alexis BOULANGER de SOMME-LEUZE
• Gaston MARCHAL de SOMME-LEUZE
• Ernest POLET de MEAN
• Raymond CARRIAUX de SOMME-LEUZE
• François COLLIGNON de SOMME-LEUZE
• Fernand SCALAIS de JEMEPPE-SUR-MEUSE
• Emile DUJARDIN de SOMME-LEUZE
• Désiré DUJARDIN de SOMME-LEUZE
• Lambert BARZIN de SOMME-LEUZE
• Louis COLSON de GROS-CHENE
• François WARZEE de GROS-CHENE
• Robert GODEFROID de GROS-CHENE
• Achile THIRY de GROS-CHENE
• Omer ANTOINE de SOMME-LEUZE
• Albert QUOIBION de SOMME-LEUZE
• Camille QUOIBION de SOMME-LEUZE
• Emile PIRON de PETITE-SOMME (LES BASSES)
• Octave PIRON de PETITE-SOMME (LES BASSES)
• Abbé BONMARIAGE de BONSIN
• Jean-Hubert DELHEZ de BRUXELLES
• Maurice GASPARD d’OCQUIER

Deux terrains de parachutage furent donc choisis, le premier situé sur la crête surplombant les villages de SOMME-LEUZE, BONSIN, OCQUIER et PETITE-SOMME et l’autre surplombant l’OURTHE à ENNEILLES, le long de la route de LIEGE à MARCHE.
La première plaine fut appelée « SAPIN » et la seconde « SERINGA ».

Il fut convenu avec LONDRES que les parachutages seraient annoncés par la B.B.C. (1) grâce à des messages personnels diffusés à l’issue des journaux parlés.

En prévision des opérations, le groupe d’hommes avait été réparti en plusieurs équipes de nombre et d’importance différents.

Cinq hommes sous le commandement d’Alphonse LAFFUT, chef de plaines, s’occupaient du balisage. Parmi eux, l’Abbé BONMARIAGE, curé de BONSIN qui avait rassemblé toutes les notions d’anglais apprises au séminaire et qui manipulait l’S/Phone, appareil de radio, portatif, avec antenne directionnelle pour les communications directes avec l’équipage des avions.

Deux hommes, DELHEZ et GASPARD qui avaient été initiés aux arcanes de la radio et aux subtilités du code « Morse » par un agent parachutiste nommé BULTOT venu tout droit de LONDRES, manipulaient l’appareil EUREKA/REBECCA, une balise radio-électrique qui constituait une aide à la navigation pour les avions de bombardement et de parachutage pendant leur survol de la BELGIQUE.

Deux autres hommes, Emile PIRON et son fils Octave, les propriétaires de la Ferme des Basses, toute proche de la plaine SAPIN, étaient chargés avec leurs chevaux et tombereau de transporter en lieux surs le matériel parachuté.

Le restant du groupe soit dix-sept hommes étaient chargés de la garde de la plaine et de ses accès.



Jean Delhez(g) et Maurice Gaspard(dr) sur la Plaine-Sapin 1944

Premier parachutage

Le premier parachutage fut annoncé pour le 5 avril 1944, le message personnel transmis par la B.B.C. annonçait : « Message pour Charles : le Sapin n’est pas l’arbre des enfants : il y aura deux bougies ».

Dès 22h. le dispositif de réception fut mis en place, nonobstant un vent fort d’ouest. Le temps était sombre, pluvieux et froid. Vers 02h., un faible bruit d’avion fut entendu vers l’Ouest ; l’attente perdura en vain jusqu’à 04h. du matin mais aucun avion ne survola les environs.

Une deuxième annonce eut lieu le 10 avril suivant. Le temps cette fois était très clair, la température douce et le vent faible d’ouest. Vers 01h25 un bruit d’avion fut perçu venant de l’ouest et bientôt l’appareil fut aperçu volant à basse altitude. Aussitôt l’ordre fut donné d’allumer les lampes du balisage et l’Abbé BONMARIAGE par l’intermédiaire de l’S/Phone lança son appel. Immédiatement l’avion répondait en allumant des feux de couleur rouge et le parachutage commença. D’abord des containers, ensuite deux hommes et enfin des colis.

(1) British Broadcasting Company, l’équivalent de la R.T.B. en ANGLETERRE.

Un des parachutistes tomba sur la plaine, il s’appelait François MATHOT (ANNETTE), l’autre Albert MELOT (COLETTE) tomba sur un arbre à l’orée du bois ; les containers tombèrent tous sur la plaine tandis que les colis s’éparpillaient dans un bois voisin. Le matériel qui consistait en armes, en explosifs, en munition et en appareils de transmissions radios fut transporté par la famille PIRON et répartis dans plusieurs dépôts camouflés dans les bois de SOMME-LEUZE et d’OC
QUIER. Les parachutistes MATHOT et MELOT furent conduits par Jean DELHEZ et Maurice GASPARD dans la baraque en bois, cachée au milieu des sapins, où ils gîtaient depuis plusieurs mois.

Cette baraque construite par les soins d’Alphonse LAFFUT et sur un terrain dont il était propriétaire était située dans le bois de SOMA à SOMME-LEUZE.

François MATHOT et Albert MELOT restèrent cachés dans la baraque du bois de SOMA jusqu’au 12 avril 1944 ; ils furent ensuite conduits à JEMEPPE-SUR-MEUSE. L’un pris place dans le camion d’Albert DELVAUX, entrepreneur de travaux et qui de ce fait jouissait d’un laisser-passer, tandis que l’autre faisait le voyage dans la voiture d’un certain M. Julien LAMBERT, également de JEMEPPE.

Après une carrière fertile et particulièrement honorable, les deux agents parachutistes vivent toujours. François MATHOT après avoir été de longues années un officier réputé et estimé au Rgt para-Commando est maintenant pensionné. Albert MELOT est aujourd’hui encore, un magistrat considéré à NAMUR.

Deuxième parachutage

Le deuxième parachutage eut lieu le 30 avril 1944, également sur la plaine « SAPIN ». Il avait été annoncé par le message personnel convenu : « Le sapin n’est pas l’arbre des enfants ; il y aura deux pommes ».

Le temps était très clair, la température douce et le vent calme. Jusqu’à 01h., des avions passèrent sans discontinuer, lançant des fusées et des bombes dans la direction de la MEUSE.

Soudain, vers 01h.30, un faible bruit d’avion parvint dans la direction du Nord-ouest. A 01h.35, les balises furent allumées et l’S/Phone lança son appel ; l’avion passa à basse altitude sans faire aucun signal de reconnaissance et il disparut à l’horizon. Vers 01h.45, l’avion revint, les feux furent allumés et l’avion commença son approche. Très vite, le parachutage débuta : d’abord les containers, ensuite les hommes et enfin les colis. Les containers tombèrent au milieu de la plaine, ainsi qu’un parachutiste ; l’autre tomba trois cents mètres plus loin.
Les deux agents parachutistes s’appelaient Marcel BUFKENS (HANDBACK) et Paul L’HOEST (SACK).

Tout à coup des détonations retentirent dans la direction de BONSIN. Les deux parachutistes furent mis en sécurité tandis qu’Alphonse LAFFUT se dirigeait dans la direction de l’endroit d’où étaient parvenus les coups de feu. Après une brève enquête il apparut que les coups de feu avaient été tirés en direction de trois individus qui s’étaient approchés et s’étaient ensuite enfuis à la sommation.


Bien longtemps, plus tard, on su qu’il s’agissait d’ouvriers de ferme qui revenant d’une soirée passée dans une ferme des environs avaient été intrigués par le manège de l’avion. L’un d’eux, alléché par la récompense attribuée aux dénonciateurs de résistants, dénonça les parachutages qui avaient lieu dans la région. Découvert, grâce à une lettre signée et interceptée avant d’arriver à sa destination à la Kommandature, il fut exécuté.

Ce parachutage eut d’autres suites encore. Un des deux parachutistes qui avaient été dirigés sur BRUXELLES après mille péripéties, fut arrêté par la GESTAPO. Celle-ci fit une descente au domicile d’Albert DELVAUX, l’entrepreneur de JEMEPPE. En l’absence de son mari, Madame DELVAUX fut arrêtée et conduite à la prison St. LEONARD à LIEGE, le 19 juillet 1944. Madame DELVAUX subit plusieurs interrogatoires : au cours de l’un d’eux, elle fut confrontée avec l’agent parachutiste L’HOEST. Madame DELVAUX resta en prison jusqu’à la libération quant à l’agent parachutiste L’HOEST, il fut libéré par les Alliés à LIEGE, le 7 septembre 1944. Marcel BUFKENS après une brillante carrière à la SABENA est maintenant pensionné. Paul L’HOEST est mort au champ d’honneur pour la France en INDOCHINE.

Autres parachutages

Plusieurs autres opérations parachutées eurent lieu encore, notamment les 9 et 29 mai, le 2 juin, les 6, 25 et 31 août, enfin les 1er et 2 septembre 1944.

Le 9 mai suite à la dénonciation évoquée plus haut, les Allemands eurent vent du parachutage et le 14 s’amenèrent en force sur le terrain – ils n’y découvrirent que des caisses vides : ils se rendirent alors à la Ferme des BASSES et ils accusèrent Emile PIRON d’avoir pris part au parachutage, d’avoir procédé au transport avec ses chevaux et aussi de bien connaître « le chef des terroristes ». Avec courage Emile PIRON nia les choses et celles-ci en restèrent là.

Emile PIRON, que tous les Résistants estimaient, avait alors 55 ans : il est maintenant décédé.

Le 29 mai, malgré la mise en place du dispositif de balisage « SERINGA », le parachutage n’eut pas lieu.

Le 2 juin, toujours sur « SERINGA » : « message pour Coccinelle, le ‘Seringa’ ne portera pas de fleurs et il aura deux feuilles ».

Le parachutage eut lieu nonobstant la présence dans les environs du village de MAFFE (+- 4 km à vol d’oiseau) de 28 camions transportant des Allemands. L’avion de parachutage lança son contenu soit vingt containers, cinq colis et deux hommes après avoir tourné quatre fois autour de la plaine avec vraiment peu de discrétion.

Les deux parachutistes étaient Maurice BERTRAND (DIANE) et Gaston COLLIGNON (LOCHET).

Maurice BERTRAND vit toujours mais Gaston COLLIGNON est décédé.

Le contenu des containers étaient destinés aux hommes du colonel de CALLATAY au Château de COURRIERE : une fois de plus ils avaient été transportés par les soins d’Albert DELVAUX de JEMEPPE.

Les 6, 25 et 31 août, malgré des conditions météorologiques idéales et la mise en place du dispositif de balisage ; malgré la présence et le passage d’ »avions à proximité immédiate de la plaine « SERINGA », aucun parachutage n’eut lieu.

Les opérations NOAH, BRUTUS et BERGBANG

Le 1er septembre 1944 sur annonce du message : « SOPHOCLE est un philosophe grec », un nouveau parachutage survint, qui, si les événements et les circonstances s’étaient maintenus aurait eu une forte incidence sur l’évolution des opérations de guerre en ARDENNE.

A cette époque de fortes unités allemandes refluaient vers l’Allemagne. Sans discontinuer des colonnes de camions roulaient sur la grand’route LIEGE-MARCHE bordant la plaine « SERINGA » au Sud. Ce soir-là, vers 01h15, un avion volant très bas, survola la plaine et lâcha à nouveau vingt-quatre containers. Après le lâché, Alphonse LAFFUT ordonna le ramassage ; quel ne fut pas son étonnement quand il constata parmi les parachutes et les containers, qu’il y avait 4 parachutistes en uniforme, commandés par un major anglais. Ces hommes avaient nom de :

• Hugh FRASER, major
• Charles MATHYS, Lieutenant
• Raymond BARETTE, Soldat radio
• Marcel DEMERY, Soldat

Ces quatre hommes, des parachutistes S.A.S. (1) avaient été parachutés en avant-garde de l’opération BRUTUS.

BRUTUS était une opération parachutée de grande envergure voulue par les Alliés. En effet, ceux-ci estimaient qu’aux cours d’opérations de guerres ultérieures, leurs troupes rencontreraient vraisemblablement une forte résistance sur la MEUSE, où croyaient-ils, les Allemands s’accrocheraient avec la dernière énergie.
Dans leur esprit, afin de réduire cette résistance allemande il était nécessaire de prévoir plusieurs opérations dans le but de harceler l’adversaire et d’ainsi le démoraliser.
Quatre opérations étaient prévues sur les arrières de l’ennemi depuis SEDAN jusqu’à LIEGE.

L’opération NOAH visait à contrôler le S.O. de la BELGIQUE : l’opération BRUTUS contrôlerait le Centre-Sud : tandis que l’opération BERGBANG contrôlerait le S.E.

Or, l’évolution rapide de la situation et la retraite allemande s’amplifiant, les Alliés réalisèrent qu’une opération parachutée de grande envergure ne serait pas nécessaire et de ce fait, celle-ci fut annulée. Il n’empêche que les parachutistes S.A.S. se trouvant à pied d’œuvre, ceux-ci se mirent à la disposition du Commandant de la zone V de l’Armée Secrète, le Major André BASTIN.

Chaque groupe de parachutistes S.A.S. fut très actif dans son aire d’opération.
NOAH, dans la région de SEDAN, PALISEUL, GEDINNE, ORCHIMONT et
BUISSONVILLE collabora avec les maquis français de BOLLARDIERE (2) et belge D. RYELANDT (3)

(1) S.A.S. SPECIAL AIR SERVICE, Troupes spécialisées dans le renseignement, le sabotage et le harcèlement.
(2) Plus tard, Général de l’armée française qui s’illustra en ALGERIE
(3) Plus tard, Directeur Général de l’Agence BELGA à BRUXELLES,
Décédé en octobre 81.

BRUTUS, dans la région de MARCHE sous le commandement du Major Hugh FRASER opéra au profit du Major André BASTIN, Commandant de la zone V de l’A.S.

Il n’est pas inutile de rappeler la valeur et la sympathique personnalité du Major Hugh FRASER à qui la population des régions de l’OURTHE doivent d’avoir peu subi de représailles de la part des Allemands au cours des opérations de guerre qui suivirent. En effet, FRASER réalisa très tôt, grâce à des reconnaissances sur le terrain, qu’une opération dans la région de l’OURTHE où les Allemands étaient fortement implantés serait dangereuse pour la population.


FRASER est l’homme qui conseilla au Major André BASTIN de limiter les opérations d’embuscades, de sabotages et de harcèlement dans cette région. FRASER est aussi l’homme qui osa dans un rapport aux autorités britanniques critiquer le peu de moyens qui furent, dans l’ensemble, donnés aux Résistants Belges. Son rapport daté du 18 septembre 1944 (1) se termine comme ceci :
« Le courage de l’Ardennais fut épique : l’échec de l’aide apportée par les mouvements du monde libre extérieur fut un scandale et, militairement parlant, une imbécillité ».
Actuellement Hugh FRASER est membre du Parlement britannique ; il est devenu un des hommes politiques les plus écoutés de son pays.

Opération BERGBANG

BERGBANG dans la région du SUD-EST commença mal pour les deux groupes qui devaient y participer.

D’une part, le 2 septembre vers 01h. un premier groupe sous les ordres du Capitaine Jean CASSART (COURTOIS) devait sauter sur une « dropping zone » (DZ) à SOLWASTER près de SPA. Suite à une erreur de navigation, cette DZ ne fût pas trouvée et le pilote préféra parachuter ses parachutistes sur une DZ qu’il connaissait mieux, la plaine « SAPIN » à SOMME-LEUZE, ce qu’il fit nonobstant le fait que le Comité de réception n’était pas averti et que par conséquent le balisage n’était pas allumé.

Le pilote lança ses parachutistes « blind », c’est-à-dire dans le « Noir », à l’aveuglette, il s’agissait des parachutistes S.A.S. ;

• Jean CASSART, Capitaine
• D. DEMOOR, Caporal
• W DE HEUSCH, Soldat
• J. QUIRAIN, Soldat
• J. THEVISSEN, Soldat

Les parachutistes S.A.S. tombèrent au lieu-dit « BAYIR » à quelques centaines de mètres de la plaine « SAPIN ». Willy DE HEUSCH raconte qu’encore étourdi par l’atterrissage il vit tomber tout près de lui, le parachutiste QUIRAIN. Au sol, les parachutes à peine dégrafés, ils entendirent et puis virent sur la route de DURBUY toute proche, des véhicules allemands roulant à petite vitesse, tous phares éteints. Willy DE HEUSCH et J. QUIRAIN eurent juste le temps de rassembler rapidement la soie de leurs parachutes et de se mettre à plat ventre sur la soie étalée au sol pour les masquer. Heureusement, les parachutistes ne furent pas aperçus.

(1) Une copie du rapport se trouve au Service Historique de l’Armée. Cinquantenaire BRUXELLES.

Quelques minutes plus tard ils frappaient à la porte de la Ferme du Moulin de BAYIR pour se renseigner sur leur position. Le fermier leur offrit l’hospitalité, qu’ils refusèrent afin de ne pas mettre la sécurité du fermier et de sa famille en danger : ils préférèrent loger dans le bois tout proche à l’abri d’une charrette. Ce n’est que le lendemain que CASSART et les autres parachutistes rejoignirent la Ferme du Moulin de BAYIR.

Le 4 septembre, le groupe CASSART, après s’être reposé et restauré se mit en route pour rejoindre la région de BRONROMME où un autre parachutage, celui du deuxième groupe, était annoncé pour le 5.

Hélas, en cours de route sur le chemin de PETITE-SOMME, pas bien loin du Château, le groupe buta sur un parti de Russes Blancs (VLASSOV), partisans des Allemands.

Le Capitaine CASSART et le Lieutenant DAMBOIS qui cheminaient non-armés, en avant du groupe de parachutistes furent arrêtés, tandis que les parachutistes S.A.S. surpris, se tenaient à couvert d’un taillis boisé.

CASSART ne peut empêcher que DAMBOIS soit grièvement blessé, quant à lui il fut fait prisonnier et emmené pour interrogatoire dans une maison de SEPTON. C’est là que la Résistance avertie par les parachutistes S.A.S. dressèrent une embuscade aux Russes, ce qui permit à CASSART de s’enfuir dans les bois avoisinants. Lors de cette embuscade, les résistants eurent trois tués dont un blessé achevé sur place par les Russes, ceux-ci eurent deux tués et plusieurs blessés qu’ils emmenèrent dans leur retraite.

On sut plus tard que le malheureux Lieutenant DAMBOIS avait été achevé sur place à l’endroit de son arrestation. Son corps fut trouvé, caché derrière une haie deux jours après, par une jeune fermière, Irène ROUSSEL et moi-même alors que nous allions rechercher les bêtes en prairie. Le corps de DAMBOIS était complètement nu, il avait été dépossédé de ses chaussures et de ses vêtements civils : le torse était criblé de balles de mitraillette.

Le Capitaine CASSART qui, après la guerre, devint attaché militaire belge à LA HAYE et ensuite Commandant du 1er Bataillon Parachutiste S.A.S. est mort le 30 septembre 1980 après une vie active et très aventureuse.

Le deuxième groupe de BERGBANG commandé par le lieutenant R. VAN DER HEYDEN, qui devait être parachuté sur la DZ de BRONROMME (CHEVREUIL) loupa également son arrivée. Attaqué par la chasse allemande, l’avion dut faire détours sur détours, se perdit et plutôt que de rentrer en ANGLETERRE avec ses parachutistes, préféra les lancer « blind ». Arrivés au sol et se croyant en BELGIQUE, les S.A.S. furent stupéfaits de constater qu’ils étaient en Allemagne. C’était le 6 septembre, et le groupe avait été parachuté à 3 km au sud de MONSCHAU, c’est-à-dire, derrière la ‘ligne Siegfried’ : ils furent donc les premiers Alliés en uniforme à pénétrer en Allemagne (1)

Le groupe du Lieutenant VAN DER HEYDEN composé des sergents CREVECOEUR, EMONTS-POHL et FLASSCHOEN, plus les S.A.S. POLAIN, J. DEMERY, MOREAU, BALSAT, DELVIGNE, OOSTERS et MAS rentra en Belgique après une marche épique au travers des lignes allemandes. C’est ce groupe qui, entre-autre, occasionna de lourdes pertes au cours d’embuscades répétées à l’Etat-Major de la 2ème Panzer SS, installé à SART, à quelques kilomètres de son aire d’opération.

(1) Jusqu’à ce jour, cet exploit était attribué au 85ème escadron de reconnaissanceaméricain, le 11 septembre 1944 près de STOLZENBURG.

Le Lieutenant VAN DER HEYDEN, actuellement pensionné fut commandant du Régiment PARA-COMMANDO (1960/62) et ensuite Lieutenant-Général, commandant des Forces Belges en Allemagne.

Beaucoup de choses et d’événements sont encore à raconter à propos de la Résistance à SOMME-LEUZE, BONSIN, OCQUIER. D’autres exploits à l’actif des parachutistes S.A.S. sont encore à écrire, ceux de Jean CASSART et de Hugh FRASER et de leurs hommes par exemple : un jour peut-être le ferais-je …

Aujourd’hui plus de 35 ans après ces événements de guerre, alors que les souvenirs s’estompent, alors que les mentalités changent et ont plutôt une
tendance à l’oubli, je crois qu’il est temps de rappeler le magnifique dévouement de ces garçons et ces filles d’Ardenne et de Flandre unanimement unis pour la défense d’un pays en qui eux croyaient.

Beaucoup d’entre eux ont maintenant disparu. Il reste encore des survivants, ils sont trop nombreux pour les citer tous, qu’ils soient ici remerciés.


Voici quelques monument .

PALANGE......



Carrefour de la route Durbuy – Borlon et de la route Palenge – Septon : Ateliers SIMON
Monument élevé à la mémoire du Lieutenant A.S. Paul MERGET, (Sergent) né le 4 juillet 1915 décédé accidentellement sur l’autre côtéde la route le 30 août 1944.

SEPTON .......




Monument élevé au pignon de l’ancienne école communale, au lieu-dit ‘’Al Bresseye’’ en mémoire des soldats de l’Armée Secrète du Groupe 4 du Secteur 3,
WATERSHOOT Gérard (de Termonde, né le 17 mars 1920) – KINET René (de Saint-Michel – France, né le 12 avril 1920) – DONNAY Pascal (de Liège, né le 2 avril 1913) et pour rappel du Lieutenant DAMBOIS Pierre de l’Etat-Major du Secteur 2 (agent de liaison) (de Liège né le 6 février 1915) tombés en service commandé le 4 septembre 1944.
Ont été blessés à cet endroit et décédés depuis :
NOEL Joseph (de Miécret) – HENIN Jean (de Havelange) et DESCY Gaston (de Bruxelles).
Ce petit groupe était chargé de libérer le Capitaine BEM Jean CASSART, parachuté de Grande-Bretagne la nuit du 4 septembre 1944 qui avait été arrêté à Petite-Somme par un détachement de traîtres de l’Armée VLASSOV au service des Allemands et transféré en l’école de Septon. Au cours de l’escarmouche, le Capitaine BEM Jean CASSART qui était enfermé dans une cave à réussi à s’enfuir sans être repéré et est parvenu à rejoindre la ferme de Somme-Leuze où le groupe s’était réuni la nuit précédente.


PETITE SOMME.......



Ce monument avait été élevé à la mémoire du Lieutenant Pierre DAMBOIS, né à Liège le 6 février 1915 – agent de liaison du Secteur 2 de la Zone V – à l’origine, à l’endroit ou il fut torturé et tué à coups de poignard et de baïonnette après un accrochage avec un détachement de soldats russes de l’Armée VLASSOV à la solde des Allemands.
Cet endroit se situe dans le coin gauche de la photo devenu par la suite très marécageux.
Le monument est maintenant replacé à l’endroit de l’accrochage.
L’accrochage s’est produit le 4 septembre 1944 alors qu’il conduisait un groupe de parachutistes largué dans la nuit
à Somme-Leuze sous les ordres du Capitaine BEM Jean CASSART. Le 2 septembre 1944 dans le cadre de la mission ‘’Bergbank’’ sur le territoire du Secteur 2 de la Zone V de l’A.S., au moulin de Bayr, près de Durbuy.


VERLEE.......



Messieurs d’ASPREMONT-LINDENJean et de FOESTRAET Renaud ont été arrêtés le 7 septembre 1944
alors qu'en qualité d'agent de liaison du secteur 3, ils étaient en mission de renseignements, Ils ont été torturés
puis lâchement assassinés.


ODET BOIS ET BORSU .......



Monument élevé à la mémoire des membres de l’A.S.
MUSCH Jacques (Avocat) – de BELLING Pierre (Avocat) et HAMOIRGeorges (professeur et interprète),
arrêtés à Méan, enfermés dans l’église pendant de longues heures le 4 septembre 1944.
Emmenés à Odet où ils furent enfermés dans une porcherie en compagnie de Marcel HONTOIRde Clavier.Ce dernier parvint à s’échapper par une petite lucarne avant l’aube. Le 5 septembre au matin, les 3 prisonniers ont été obligés de creuser leur tombe et ont été fusillés


SOMME-LEUZE ........



Monument élevé sur la route de Grandhan vers Somme-Leuze à la mémoire de René SOLHEID de Malmédy.
Chef d’escouade du Groupe 4 du Secteur 3,
il fut tué le 8 septembre 1944 en rentrant de mission après le combat de Stockeux.



Monument élevé près de l’ancienne ferme VANOVERSCHELDE, sur la route vers Grandhan,
En la mémoire de Jules PECHEUR d’Arlon, né le 20 juin 1925.
Il fut tué le 9 septembre 1944 dans une escarmouche entre un groupe de 5 soldats SS dissimulés dans les broussailles
et un groupe du Groupe 4 du Secteur 3 rejoignant le Refuge de Somme-Leuze.

GROS CHÊNE - MEAN ......



Monument élevé à la mémoire de DEBOIS Achille (maréchal des logis chef) et PONCIN Evrard (maréchal des logis) de la gendarmerie de Somme-Leuze et KAISER Jules (maréchal des logis) de la gendarmerie de Huy, membres de l’A.S., en mission pour l’A.S., ont été surpris par l’ennemi, arrêtés et emmenés à la Ferme SCHMIT
de Maffe où ils ont été maltraités. Les S.S. avaient arrêtés à Failon, au ‘’Trou Perdu’’ 5 jeunes gens de la localité, emmené aussi à Maffe, près des gendarmes. De là, ils ont été conduits à la Ferme du Marlou où ils ont reçus des outils (bêches) et dirigés ensuite par les prés vers le petit bois situé derrière la ferme.
Ils ont été obligés des trous d’environ 50cm de profondeur, dans lesquels ils ont du descendre pour être fusillés
sauf trois des jeunes gens qui ont sautés pour courir vers le bois:
un a réussi…. Les deux autres ont été tués
Il s’agit de ROMAIN René, THOMAS Robert, VANROS Nestor et DELCAVE Victor.


PLAINE SAPIN .......



Il fallait des armes et tout un équipement pour pouvoir remplir toutes les missions réservées au Groupe 4. Il en fallait aussi aux groupes voisins et aux groupes constitués dans les centres urbains. Grâce principalement à la R.A.F. et à Monsieur STASSE de Bruxelles qui assure la liaison, la réception des para­chutages fut une réussite. Une·équipe d’une vingtaine d'hommes aguerris, décidés et débrouillards est sélectionnée pour s’occuper de la réception des parachutages.
Ce comité de réception dispose ­de trois plaines : la plaine ‘’SAPIN’’ entre Bonsin et Petite-Somme ; la plaine ‘’SERINGA’’ entre Enneilles et Somme-Leuze et la plaine ‘’ULEX" entre Bois-Borsu et les Avins en Condroz.
Depuis le 5 avril 1944 jusqu’à la Iibération, cette équipe dédoublée en août 1944 a réceptionné le plus grand nombre
de parachutages de toute la Belgique.
Notons que c'est sur «Seringa» que fut larguée la mission «Brutus» le 1er septembre ; elle comprenait le major britannique Fraser, délégué de l'état-major interallié auprès du commandant de la Zone V, le sous-lieutenant Mathys et les deux sous-officiers Constant Barette et Marcel Demery. Le groupe prit contact avec le lieutenant Pierre Dambois de l'état-major
de la Zone V et, le lendemain, avec le major Bastin, com­mandant de la zone.


Voila les amis j'espère que se petit reportage vous auras plus !

Cpl Littlejohn's






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MessageSujet: Suite A.S et S.A.S ( PARACHUTAGES ) ......   Ven 18 Mar - 9:17

LES PARACHUTAGES..........

Colonel Hre Léon VERBOIS

La plupart des récits de guerre et de résistance foisonnent de surprenants hasards heureux ou malheureux.

Léon VERBOIS, sous-lieutenant-élève à l'Ecole Royale Militaire en 1940, a vécu des heures exaltantes dans la Résistance et le Maquis, alors que la plupart de ses camarades de promotion étaient soit "prisonniers de guerre", soit "officiers volontaires" en Grande Bretagne.

Il lui a été demandé une évocation de cette période, qu'il a vécue intensément, du maquis et des parachutages. Ce modeste récit sera limité aux parachutages.

Résistants de la première heure, la "Légion Belge" (devenue par la suite "Armée Secrète") nous demanda de recruter des fidèles, de préférence taiseux et non buveurs. Il fallait les armer.

La solution des parachutages a été la seule préconisée pour mener à bien l'équipement en armes et en matériel des maquis qui se formaient.

Dès 1942, l'ordre fut transmis de rechercher des refuges éventuels pour la mobilisation ainsi que des plaines de parachutage. Des endroits propices, situés à la lisière des forêts et suffisamment éloignés des agglomérations, furent repérés; leurs coordonnées relevées avec précision sur des cartes militaires furent transmises à Londres.

Un souvenir m'est resté particulièrement agréable : j'ai pu transmettre plan, coordonnées et même photos prises d'avion d'une plaine à SOMME-LEUUZE (BONSIN), ce qui nous a valu rapidement des félicitations.

Les plaines ont été baptisées d'une lettre de l'alphabet ou d'un nom d'animal, de fleur, d'oiseau, de soldat. Dans la région de Gedinne, la plaine de refuge de BOURSEIGNE-NEUVE s'appellera "BUFFLE" (134.300 x 77.000) et la plaine de parachutage de RIENNE s'appellera "GRENADIER" (187.600 x 75.500)

Dans le maquis de GEDINNE, 350 maquisards étaient rassemblés en 1944, sous les ordres du lieutenant de réserve Louis BARTHELEMY (ancien du 13e Régiment de Ligne). Ils formaient le Groupe C du Secteur 5 de la Zone 5 de l'A.S. (Armée Secrète). Cet important groupe de résistants était réparti en plusieurs cantonnements en plein bois : E.M. - Liaison - Sabotage – Prévôté - la compagnie de GEDINNE sous les ordres de M. VINCENT - la compagnie de BEAURAING sous les ordres du lieutenant de réserve J. QUESTIAUX, également ancien du 13e Régiment de Ligne.

Le sous-lieutenant VERBOIS avait été chargé, sans se laisser distraire de cette mission, de la Section Matériel. Sa mission : les parachutages (préparation - organisation - mise en place - réception), le camouflage des armes et explosifs, ultérieurement le décamouflage, le déprocessing, la distribution et l'initiation à l'utilisation. En effet, beaucoup de maquisards n'avaient jamais vu d'armes ou d'explosifs et la documentation jointe était le plus souvent rédigée en anglais.

Après une longue attente, pendant des mois et des mois, le premier parachutage sur la plaine "BUFFLE" nous procura entre autres, le 3 mars 1944, des postes récepteurs à piles sèches, qui nous permirent d'écouter aisément les messages de la BBC, et cela, en plein bois.

Le 11 avril 1944, lors d'un second parachutage, sur la plaine "GRENADIER" cette fois, nous eûmes une surprise agréable en découvrant dans les colis expédiés un "S"phone, nous permettant de communiquer avec l'opérateur d'un avion et, comble du raffinement, un vélo nous permettant de recharger éventuellement ses batteries, ainsi qu'une instruction nous décrivant la procédure d'utilisation. Bien entendu, dans les jours suivants, on étudia sérieusement cette procédure.

Chaque soir, à 19.15 h, nous attendions avec impatience que la BBC nous transmette un message commençant par la lettre "G". C'est ainsi que passa sur les ondes "Le Géranium est à la base de tous les parfums". C'était le soir du lundi 5 juin.

Tout 1e monde doit se tenir prêt à réceptionner pendant la nuit. Dans le plus grand secret, l'équipe réceptionnaire, aussitôt prévenue, à l'endroit indiqué. Un autre groupe surveille et défend les abords.

Trois jalonneurs, porteurs de lampes torches donnant une lumière rouge (plus tard, des phares d'auto reliés à une batterie) se placent à 100 mètres de distance (B, C, D du croquis) sur un alignement parallèle à la direction du vent, tandis que je me place, en tant que chef de plaine, porteur d'une lampe à lumière blanche, en A, perpendiculairement à la ligne des jalonneurs, à environ 50 mètres.



Il est 23 h et j ai le temps de relire ce qui devrait être la procédure normale :

- L'opérateur de l'avion appelle : "Hello TONY" (c'est le mot de passe convenu).

- Je fais allumer les feux de balisage et j'envoie la lettre "G" de reconnaissance (en morse), à l'aide du feu blanc et je donne la réponse convenue : "Hello JACK, TONY answering, can you hear me ?"

- Et, quand tout va bien : "Hello JACK, can you see my lights ?"

- ... et puis tout un tas de recommandations pour les "imprévus ...

Je jette un dernier coup d'oeil au "S"phone. Cet appareil émetteur-récepteur comporte un casque muni d'écouteurs et d'un micro, une petite antenne et une série de petits accumulateurs qui se portent à la ceinture.

L'attente est longue ... Combien nous la vivons dans l'impatience ...

Et subitement, le 6 juin à 02.30 h, nous percevons le ronronnement d'un avion. Il tourne autour de notre plaine ... Il nous semble reconnaître un britannique ... Les lampes s'allument ... L'aviateur ne me répond pas ... mais quelques instants plus tard, l'avion suit l'alignement de nos lampes ...

Entre B et C, à une altitude de 300 mètres, il lâche sa cargaison, qui s'éparpille entre C et D. Les corolles peuvent alors s'ouvrir les unes après les autres dans le ciel encore obscur (les parachutages se font souvent pendant les nuits de pleine lune). Quel magnifique spectacle dans le ciel de cette vaillante Ardenne ... !

L'avion a ordre de quitter le terrain aussitôt l'opération terminée, car le risque de détection (par gonio) est grand pour l'avion en vol. Nous ne devons donc pas le pousser à parler trop longtemps, malgré le faible risque pour nous de repérage au sol. A-t-il tancé : "Opération compteted" ? Nous n'en savons rien, car aussitôt le largage terminé, c'est la ruée de l'équipe pour récupérer les colis et les containers, détacher les parachutes, les rouler et les camoufler.

Quand le soleil se lèvera, tout sera remis en ordre ... Les villageois, parfois trop bavards, auront entendu un avion volant bas et se seront doutés qu'il se passait un petit événement.

Les Allemands eux aussi ont eu vent de quelque chose et, le lendemain matin, enverront un avion de reconnaissance, mais ils ne découvriront pas notre repaire.

La nuit suivante, les parachutes sont acheminés jusqu'à l'église de Rienne où ils sont entreposés dans la partie inaccessible du canal à air chaud de la chaufferie. (Merci, Monsieur l'abbé ARNOULD).

Les containers seront enterrés dans une sapinière et, comme ce sera le cas pour les opérations suivantes, de jeunes arbustes reprendront goût à la vie sur la terre recouvrant les fûts. Le plus rapidement possible, armes, munitions, explosifs seront dénombrés et l'inventaire sera transmis à Londres, par la voie hiérarchique.

Ce jour-là, la BBC annonçait le débarquement en Normandie.

Les fûts métalliques pèsent entre 150 et 175 Kg; ils ont un diamètre de 38 cm et une longueur de 1,40 m (voir photo). Ils sont munis de poignées pour faciliter le transport à l'endroit désigné. Ils sont d'une seule pièce (type C) ou composés de cinq éléments assemblés (L. 28 cm – type H).

Voici, à titre documentaire, le contenu d'un fût "H3" et d'un fût "C1"

Container "H3" :

Cellule A : 31,5 Kg

- Mitraillettes "Sten" et accessoires 3

- Magasins vide 15

- Munitions 900

- Chargeurs 3


Cellule B : 29 Kg

- Grenades Mills 30

- Détonateurs 36

- Sachets de pansement 6


- Cellule C : 24 Kg

- Idem A mais deux Stens

- Cellule D : 22,5 kg

- Revolvers américains 5

- P 45 250

- Sachets de pansement 6

- Grenades Mills "75" 10

- Détonateurs 12


- Cellule E : 18,5 Kg

- Grenades 82 (Gammon) 8

- Explosif plastic 8 kg

- Mèche Bickford 8 m

- Allumeurs 2 boites

- Ruban adhésif 1 rouleau


Container C1 : 136,5 Kg

- Fusils mitrailleurs "BREN" complets 2

- Magasins 16

- Coups 2.000


Panier

Un panier peut contenir, par exemple :

- 2 bombes PIAT

- 1 tente + 80 litres d'essence

- Chocolat, cigarettes, rations.

La plupart de ces engins nous étaient parfaitement inconnus.



A défaut d'instructeurs, l'expéditeur procurait une documentation, souvent imprimée en anglais, qui donnait la composition des containers de type standard et le mode d'emploi succinct des articles que l'on pouvait y découvrir. Pour l'arme collective principale dont nous disposions, le "BREN gun", la brochure y relative était plus détaillée.

Les armes seront décamouflées et dégraissées pour être remises aux maquisards des deux compagnies mobilisées les 11 et 13 juin. 350 hommes seront largement pourvus. Un grand merci à toute l'équipe "Matériel" qui m'a tant aidé.

Les saboteurs utiliseront efficacement les explosifs. 300 kg d'explosifs et 19 Stens seront d'ailleurs livrées au Commandant de Secteur.

Le 7 septembre 1944, Brens, carabines américaines, Stens et des munitions seront livrés aux héroïques maquisards d'Anvers.

En octobre 1944, les armes seront évacuées via le Commandant de Secteur.

Le 2 août, j'attendrai un parachutage mais l'avion ne viendra pas.

D'autres parachutages suivront et notre plus beau souvenir sera, certes, celui du parachutage du capitaine BLUNT, l'actuel colonel BLONDEEL, et de 7 S.A.S. (Spécial Air Service), le 29 août à 02.25 h, et leur première nuit dans le petit village de Rienne. Le grand capitaine tombe vraiment à mes pieds, se débarrasse de son parachute et est prêt au combat. Je le rassure en lui disant qu'il est entouré de 350 maquisards. Et mes hommes le conduisent dans la hutte qu'ils m'ont fabriquée (cloisons en sapin et toit en carton bitumé). Après avoir dégusté une tasse de café bien chaud, le capitaine s'étend sur mon petit lit de fer, et je le retrouve, dormant du sommeil du juste, ses grandes jambes passant à travers les barreaux. Le matériel reçu avait été rangé entre-temps (3 containers pour les S.A.S. et cinq pour nous, ainsi qu'un veto).

Il était frappé par l'efficacité déployée par l'organisation.

Le lendemain, nous le conduirons au P.C. du commandant BARTHELEMY.

J'apprendrai plus tard qu'il y fut accueilli ... au Bourgogne, avant de continuer à remplir sa mission de harcèlement.

Le 1er septembre, nous recevons le capitaine DEBEFVE et 15 S.A.S., ainsi que 19 containers et 3 paniers. Un homme, accroché dans un sapin, est blessé.

Mais, de cette date, nous gardons un souvenir amer, car, ce jour-là, la sous-section 2 commandée par le sous-lieutenant de réserve R. HUSTIN, des Chasseurs Ardennais, est encerclée dans les bois de Graide, et ... 17 jeunes gens y seront massacrés. Nous honorons leur mémoire chaque premier dimanche de septembre au pied du monument de Graide.

Notre plus beau spectacle eut lieu dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944. Je ne me souviens plus du message : "Gordits est un laboureur qui devient roi", ou bien "Le grenadier est un soldat, il recevra 2 x 12 fusils". Toujours est-il que nos 350 hommes gardent la plaine de Bourseigne-Neuve. A minuit, un premier avion "Stirling" nous largue 4 hommes, dont 1Lt-médecin LIMBOSCH et 1er "padre" JOURDAIN, ainsi que 22 containers et 3 paniers, dont malheureusement quelques-uns s'écraseront au sol.

Mais notre ébahissement n'est pas terminé : à 02.30 h, deux avions tournoient et on ne sait plus où récolter ... 2 jeeps, 12 containers, 4 paniers et 4 hommes dont deux chauffeurs. Incroyable ... ! A nos yeux éberlués, les dispositifs amortisseurs des jeeps, pesant 300 kg environ, sont démontés, les mitrailleuses parachutées par containers sont récupérées et montées sur jeeps et les moteurs tournent ... Cela a duré 15 minutes ... et les S.A.S. voguent vers de nouvelles reconnaissances.

Quelle apothéose ...! Quel boulot ...! Mais quel immense plaisir et quel merveilleux souvenir ...! Merci à tous mes camarades maquisards ...!

Le 6 septembre 1944, les troupes américaines entrent à Rienne. C'est la délivrance et la joie ...!

Merci à Sa Majesté Britannique, qui, le 24 décembre 1947, a bien voulu me décerner la "King's Medal for courage in the cause of Freedom".



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MessageSujet: Re: SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique   Ven 18 Mar - 19:55

Bravo Very Happy
Il est toute aussi important de connaitre le patrimoine militaire de sa région que celui de son pays...
La photo avec le S-Phone est vraiment superbe.
Trés bon document.
Juju
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MessageSujet: Re: SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique   Ven 18 Mar - 20:24

Très sympa cet historique, merci!
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MessageSujet: Re: SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique   

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SAS- Histoire des S.A.S et de l'A.S. en Belgique
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